Notre Inde rêvée
Deux amoureux, Pascal et Fanny, rêvant depuis toujours de partir en Inde. Avec une amie, Claire, nous partons en première intention à Calcutta pour faire du bénévolat auprès des missionnaires de la Charité de Mère Teresa. La découverte du pays, de la culture indienne et des populations est notre principale souhait. Nous profiterons de la dernière moitié de notre séjour pour découvrir quelques grandes villes du Nord de l'Inde, telles que Delhi et son quartier de Pahar Ganj, Agra et son majestueux Taj Mahal, Varanasi, la ville mystique... Nous esperons, à travers ce blog, présenté sous forme de carnet de voyage, vous faire partager notre amour pour l'Inde et nos ressentis sur ce premier séjour en tant que routards.

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J 7 à 9 - Nos premiers jours de benevolat - Dimanche 31 mai au Mardi 02 Juin 2009

 Levé à l'aube ce dimanche : 6h ! On rejoins The Mother House et les reporters ne nous ont pas oubliés ! Mais la caméra a pris l'humidité..

The Mother HouseOn est en avance, la messe n'est pas terminée, on en profite pour aller voir le tombeau de Mère Térésa qui se trouve là. On entend une dernière prière et ça y est, les autres volontaires et les sœurs vident la chapelle à l’étage. Nous découvrons une soixantaine de personnes, la plupart étudiants et de multiples nationalité. On rentre dans la salle réservée aux bénévoles pour y prendre le petits déjeuner : un chai (thé au lait sucré) et une banane pour l'énergie (nous saurons pourquoi plus tard). Vers 7h30, tout le monde se lève pour une prière puis le chant des volontaires dédié à Dieu. Il y a aussi une chanson pour ceux qui finissent leur dernier jour de bénévolat... "We'll miss you, miss you, miss you from our heart...." La sœur Marie Karina, chargée des bénévoles, les remercie. Ensuite, on quitte Claire qui part à pied à l'orphelinat juste à côté. Nous deux, nous suivons un groupe, dont Yves, pour prendre le bus pour Prem Dam. Croyant qu'on allait prendre une navette des sœurs, c'est en faite l'autobus populaire remplis d'indiens, les femmes d'un côté, les hommes de l'autre (comme de partout à Calcutta qui est une ville majoritairement musulmane). Après 10 minutes de trajet, le car nous arrête devant un grand bidonville que nous traversons en partie pour rejoindre le dispensaire. Enfants baignant dans la boue, déchets de toutes sortes, odeurs fétides, voilà ou vivent ces miséreux. Nous suivons le groupe en se hâtant, on est forcément mal à l’aise. Quand on passe le portail du dispensaire, on est impressionné par le contraste de la rue avec ces bâtiments imposants et modernes. On se sent de suite à l'aise par l'ambiance sereine qui s'en dégage. Les hommes et les femmes se séparent, ce n'est pas mixte chez les sœurs non plus. Le travail commence vers 8h. Parce que nous n'avons pas vu ni vécu les mêmes choses, nous allons séparer nos ressentis sur ces 3 premiers jours. 

Selon Fanny : le premier bâtiment est celui des femmes. Il y a deux grands dortoirs sur deux étages et le toit sert à étendre le linge. Les bénévoles déposent leurs affaires dans un petit réduit qui leur est destiné, boivent une dernière gorgée d'eau et enfilent un tablier en plastique. Les soeurs ne peuvent pas consacrer de temps aux bénévoles. Il faut savoir observer et oser se lancer. Il faut savoir demander conseils aux volontaires plus anciennes. Cela permettra ainsi de créer des liens.

Nous n'allons pas desuite voir les malades. Nous commenceons par la lessive. Le linge est d'abord bouilli. La lessive se fait dans des grandes cuves en zinc par les employées. C'est une tâche difficile car les linges sont salis par la nourriture et beaucoup de femmes font leur besoin dessus. Il n'y a pas de protections hygiéniques ici. On prend un torchon mouillé, et on essuie. Comme chez nous dans le temps, un grand lavoir tout le long du bâtiment, avec trois bacs de rinçage ; les volontaires se répartissent sur les postes de rinçage ; il y a trois temps puis l'essorage, assez physique vu la chaleur. Je vais à ce dernier poste. Il y a de quoi faire. Il faut aussi monter les seaux pleins de linges humides, au moins 10 kgs, sur le toit du bâtiment : deux étages d'escaliers et en haut, des patientes, plutôt valides, nous attendent pour étendre. J'y vais au moins quatre fois, on le fait à tour de rôle mais on est que trois sur ce poste, avec deux sud-africaines, alors c'est vite notre tour. A un moment, les américaines commencent à entonner Stand by me des Beatles, ça met une bonne ambiance. Cela prend en tout une bonne heure, pour une dizaine de bénévoles et quelques employées à faire toute la lessive. D'autres filles aident les massis à laver le grand dortoir. Il y a aussi une vielle dame qui est hospitalisée ici, elle est sourde mais on se comprends quand même, elle est très volontaire mais aussi très têtue ! Les deuxième et troisième jour, une des sœurs, la moins sympa, vient nous aider car on n’est pas assez nombreuses. Tous les jours, à la fin du lessivage, je réalise qu’on a lavé tous les draps, taies, alaises, torchons, blouses et robes de l’hôpital à la main ! ça me paraît finalement un temps record. Quand on a fini, il faut de suite aller aider les employées à finir de laver le dortoir et remettr les lits en place. Tous les lits ont été remontés les uns sur les autres en piles de quatre et les matelas dessus. En fait de lit, ce sont des lits de camps en fer. Il sont très bas et ça fait mal au dos car on se baisse. On dirait une vraie fourmilière dans ce dortoir, on est une vingtaine (les sœurs nous aident aussi) à ranger lits collés les uns aux autres, puis disposer les matelas et faire les lits, draps, oreillers, alèses plastifiées pour les dames incontinentes (ce sont de vulgaires morceaux de nappes en plastique) recouverts d’un large torchon en guise d’alèse en tissu. Je trouve qu'une des soeur est une vraie vipère : j'ai été très contrariée à mon troisième jour, quand elle a exigé qu’on déplie toutes les alèses plastiques. Et tant pis si l’alèse tissu est plus petite. J’imagine ces pauvres femmes à dormir sur une bâche plastifiée alors qu’il fait plus de 40°. Bonjour les escarres ! Tout ça pour éviter de mouiller le drap et ne pas avoir à le changer. J’étais révoltée. J’ai arrêté d’aider aux lits et je suis sortie sur la terrasse fermée où on installe toutes les pensionnaires, une centaine, je crois. Ce sont seulement les patientes du rez-de-chaussée, elles ont toutes des troubles mentaux en plus de maladies comme le paludisme ou la tuberculose. Il y en a une dizaine non autonomes, qu’il faudra aider à boire, manger, accompagner aux WC ou changer. Seulement deux ont droit à un fauteuil roulant. Les autres sont assises sur des chaises en plastique, genre chaises de jardin (imaginez quand on doit traîner la chaise et la dame dessus à travers tout le dortoir pour l’enmener aux toilettes). Sinon, c’est des bancs pour les autres. Ces femmes sont toutes amaigries et ont le crâne rasé (pour éviter les poux et par confort car il fait chaud). Certaines ont le regard dans le vide mais beaucoup nous cherchent du regard pour qu'on leur apporte un peu d'attention, qu'on leur accorde un moment pour un soin, un massage.

Alors on s’assoie avec elles, on leur parle, on prend une main dans la sienne, on peut chantonner aussi. Chercher à faire sourire, aider à apaiser les douleurs et la solitude : voilà notre mission. On leur fais les ongles aussi, le vernis, pour aider à apporter un brin de féminité oublié à cause de la maladie et de la pauvreté. Il y a aussi le temps du massage avec un peu d’huile mis généreusement à disposition par les sœurs. Les patientes adorent ça, certaine nous attrapent le bras en passant pour qu’on vienne s’occuper d’elles. Mais un bon massage prend du temps et elles sont si nombreuses. Soit masser moins longtemps pour en voir plusieurs, soit rester longtemps avec la même dame au détriment des autres. Je m’aperçois aussi les jours suivants que les bénévoles ont leurs préférées et massent donc souvent les mêmes tous les jours. C’est dommage pour les autres. Le premier jour, je ne sais vers qui aller. Il y en a tellement et nous sommes si peu.Je traverse toute la terrasse et une dame avec un bandage autour du bras m’attire. Elle a un regard triste mais un si beau visage. Je vérifie son bandage qui, en effet, est tout enroulé et fait garrot. Je vois sous la bande qu’il lui manque une partie de l’os au niveau du poignet. Sa main qui pendouille est rattachée au bras par la chair et la peau mais on voit qu’il manque bien 4cm d'os. Je lui demande si elle a mal. Je ne sais pas si elle comprends mais me fais oui de la tête. J’essaie d’élargir la bande et de mieux la placer pour la soulager. Je cache le tout avec son voile, elle me souris. Quand je me lève, elle me retiens en m’attrapant la main pour la serrer. Ca me touche beaucoup.Vers 10h est servie le petit déjeuner, un verre de lait. Paraît-il que les indiens ici ne peuvent rien avaler avant 9h, qu’ils n’ont pas d’appétit. En tout cas, ici : oui ! Il faut en aider certaines ; le 3e jour j’ai fait boire son lait à une jeune femme ayant une forte déficience mentale et donc grabataire. Je dois faire attention de ne pas toucher les lèvres avec la timbale, c’est la tradition ici. On penche bien la tête en arrière et on avale ce qui coule. J’ai quand même peur qu’elle fasse une fausse route. Elle a un regard très expressif, elle me fait comprendre que ça lui plait. Puis quand elle a tout bu, elle me montre toutes ces dents, ce qui ressemble à un sourire. Ça me fait très plaisir.Vers 10h30, c’est LA pause des bénévoles et ça c’est cool car je suis déjà épuisée. En plus elle est mixte, je retrouve donc Pascal et on échange nos impressions. On nous sert du chai, des minis bananes et des biscuits enrichis aux œufs, le plein de protéines. De suite ça va mieux. La coupure dure presque une heure. Elle prend fin quand on voit passer les sœurs avec les grosses marmites de riz et de dhal. Il faut alors servir les pensionnaires et aider à manger. Les trois jours, j’ai fait manger la même femme. Elle dévore ! ça fait plaisir. Je me souviens alors tous ces patients en France qui rechignent devant leur plateau sous prétexte que c’est « immangeable ». Ici, elle ne se posent pas la question et pourtant c’est la même chose tous les jours. On leur jette un morceau de fruit dans la gamelle en guise de dessert. Elle mangent avec appétit, comme si c’étais le dernier repas avant qu’on les renvoie dans la rue. Celles qu’on n’aident pas mangent à l’indienne, avec la main droite (la gauche, c’est pour s’essuyer aux toilettes). Elles en mettent de partout, crache par terre une bouchée qui ne passe pas. En fin de repas, elles trempent la main dans le gobelet d’eau pour la laver, s’essuie la bouche, retrempe, et voilà, c’est fini. On débarrasse alors quand elles se lèvent pour regagner le dortoir pour la sieste. Il faut faire attention de ne pas glisser sur le sol plein de riz et d’eau. C’est une patinoire dégoûtante. Pendant que les bénévoles s’affairent à la vaisselle, les employés finissent de coucher les patientes puis lavent la terrasse. Le premier jour, j’ai voulu raccompagner une mamie grabataire, une employée m’a aidée pour la coucher. En la levant, on a vu qu’elle était pleine de selles. La femme lui a ôté la robe et me la jetée pour que je l’essuie avec (je n’ai pas de gants). Et voilà, c’est torché, on remet une robe propre et on s’en va. Je n’en revenais pas car elle ne voulait pas qu’on salisse un torchon propre pour la laver. Pour la vaisselle, on est nombreuse, ça va très vite. La chaleur de midi devient étouffante.  Ca fait du bien de tremper les bras dans l'eau fraiche. Certaines bénévoles ont esquivé la tâche et sont déjà parties. Quand c'est fini, je vais dans la cours attendre Pascal, les autres filles partent en groupe. Les hommes sont vraiment très long, ils finissent toujours après et pourtant ils ont moins de patients que chez les femmes. Mais ils sont moins nombreux aussi…   

Selon Pascal : Je quitte Fanny qui rejoint le quartier des femmes. Je suit les autres volontaires vers le bâtiment des hommes. Nous traversons la cour et rencontrons les patients qui nous font des grands Hello, Namaste ou simplement nous regardent passer sans expression. La plupart ont des plaies, des membres mutilés. Il y a également beaucoup d’entre eux qui sont atteints de troubles mentaux ou de malformations. Deux patients m’ont particulièrement marqué : le premier a deux énormes excroissances au niveau de la gorge et l’autre pourrait faire concurrence à E.T par la forme de son crâne (sans vouloir me moquer). Dans le médical on nomme ça l’hydrocéphalie. Nous poursuivons notre chemin jusqu’au lavoir. Là, je suit le mouvement. On me tend un tablier et je me place devant un tas de linge. Et là, à l’ancienne on tape, on brosse et on jette le linge au rinçage dans trois baquets d’eau claire. Et ensuite essorage. La lessive dure environs une heure. Maintenant c’est l’heure du lavage de la cour. Nous prenons un seau dans chaque main et se servant de l’eau de lavage du linge, nous nettoyons toutes les parties communes (cour, arrière cour, caniveaux, même le coin des canards !!!) Ouf ! c’est fini, je suis lessivé (c’est le cas de le dire…).C’est enfin le moment que j’attendais : l’aide aux patients, avec un peu d’appréhension je le reconnais. Qu’est ce que je vais pouvoir leur apporter ? Je demande à un des volontaires ce que je peux faire, et il me répond « tu peux les raser, les masser, ou bien leur parler comme tu peux » et oui ils sont Indiens et très peu d’entre eux parlent l’anglais. Je me sent tout de même rassuré. Ça, je sais faire. On me montre où se trouve le matériel. Pour les massages, c’est cuit, toutes les bouteilles d’huiles et les gants sont pris. Je me penche donc vers l’emplacement rasage . Wouah ! on se croirait dans l’armoire de grand père. Rasoirs et blaireaux à l’ancienne. Seul petit problème il n’y a ni lames ni crème à raser !!!! Un volontaire Israélien demande aux sœurs des lames et de la crème. Elles  lui répondent qu’il n’y en a pas. Ça se complique. Après trois demandes et l’intervention d’un employé Indien nous arrivons enfin à avoir nos lames et du savon à main. A peine le rasoir à la main qu’un patient me demande de le raser. Il à l’air plutôt en forme par rapport aux autres. Pas de plaies, ni de troubles mentaux apparemment (plus tard je le rencontrerai dans ma visite à la léproserie). Je l’installe et lorsque je commence à mettre le savon sur le blaireau, il m’arrête avec des grands cris No soap (pas de savon en anglais) J’essaye de lui expliquer que c’est plus facile avec mais il ne veut rien savoir. Je le rase donc à l’eau claire tant bien que mal. Il me remercie et s’en va tout joyeux. Je suis heureux de le voir si content. Je retourne dans la salle où les patients sont le plus atteint (tuberculose, malaria, etc) L’un d’eux me fait signe qu’il voudrait que je lui masse les bras. Je trouve des gants et l’huile. En m’approchant de lui je me rend compte de sa maigreur. Je commence à lui masser les bras et je vois qu’il ferme les yeux, il a l’air d’apprécier. Tout d’un coup je sursaute il vient de me prendre la main et me la sert très fort. Est ce que je lui fais mal ? Il n’a que la peau sur les os. Et bien non, il ouvre les yeux et me remercie d’un hochement de tête sans me lâcher la main. Je sais pourquoi je suis là, c’est pour ces instants privilégiés.Il est l’heure du petit déjeuner des patients. Distribution puis vaisselle. Le moment de la pose est arrivé pour les volontaires. Repos bien mérité en compagnie de Fanny. Biscuits protéinés, banane, et chai (thé au lait ou plutôt lait au thé) au menu. De quoi nous permettre de repartir pour la distribution du repas des malades qui arrive dans de grandes gamelles en zinc sur un chariot. Les malades attendent bien sagement leur assiette. Ceux qui le peuvent sont sous le préau ou dans la cour, les autres restent dans la salle sur leur lit de fortune. Nous faisons la queue, une assiette dans chaque main. Le repas est constitué de riz, dahl ou pommes de terre en sauce, œuf et fruit. Tout est servi dans le même plat. Nous commençons la distribution par les patients alités. Ils ne veulent pas manger, ou tout du moins ils n’en n’ont pas la force. Deux ou trois sont au bout du chemin. A la fin de la distribution nous nous chargerons de les faire manger. On commence à servir les plus vaillants. Ils ne se font pas prier. Se servant de leur main droite pour manger, je me rend compte qu’ils ont une technique. Ils font une boulette de riz avec la sauce qu’ils saisissent entre le pouce, l’index et le majeur. Ensuite se servant de ces deux derniers doigts comme d’une fourchette, il n’ont plus qu’à pousser la nourriture dans leur bouche avec le pouce. Ils engouffrent leur repas, recrachant par terre tout ce qui ne leur plait pas. Ils en reprennent parfois, surtout un que je repère. Il s’est placé à coté de la table de distribution. Il est maigre avec de grands yeux rieurs et de beaux cheveux blancs. Il mange à une vitesse incroyable. Il en prend trois fois. Mais où met-il tout ça ???? Après le repas, RE-vaisselle et nettoyage des endroits où ils ont mangé. Il est 12h30, la journée est finie, je suis sur les genoux mais heureux. Je rejoins Fanny qui apparemment est dans le même état que moi. Pour le deuxième jour même routine, en dehors du fait que nous ne sommes plus que 4 au lieu de 10 aux tâches ménagères. La seul différence, c’est les soins. Je rencontre Shantré ! (si j’ai bien compris) un jeune Indien, de la région de Madras, amputé de la jambe droite jusqu’au genou et une bosse dans le dos. Il parle correctement l’anglais et m’explique que c’est un accident de train (fréquent en Inde, les gens marchent sur les voies ou se poussent alors que le train bondé  n’est même pas encore arrêté ...) Je rencontre également un Indien, tout petit, avec une bonne bouille. De sa bouche, ne sort que des sons incompréhensibles. Il m’invite à m’asseoir d’un geste et me prend la main. Et là, incroyable, j’ai l’impression de le comprendre. A l’aide de grands gestes, de regards et de différents sons ( parfois des cris qui me décollent de la chaise ) il m’explique que la plaie de son genoux vient d’un accident avec une voiture et qu’il a trois enfants. Comme quoi, pour communiquer, il n’y a pas toujours besoin de grandes phrases. Le troisième jour, de nouvelles rencontres. Tato, est dans la dernière petite pièce. C’est pas bon signe car c’est ceux qui ne peuvent plus bouger. Un employé bengali (en général des anciens malades qui préfèrent rester au centre, pour le logis et la nourriture, plutôt que de retourner sur les trottoir de Calcutta ou d’ailleurs) me demande de lui raser la barbe et la tête. Je lui demande de quoi il est malade. Il me répond “he’s old, that’s all”. Il est vieux, c’est vrai, mais il est également tout recroquevillé, il a dû faire un AVC. La main est devant sa bouche, je dois lui tenir le bras d’une main et le raser de l’autre. Exercice périlleux, je ne voudrais surtout pas le couper. Un employé vient m’aider pour la tête. Après une dure bataille, le voilà tout frais. Il a les yeux entre-ouverts, mais vides, sans expression. Enfin, il se sentira mieux, il aura moins chaud (42° ce matin).  Aujourd’hui, impossible de faire plus de patient, nous sommes encore en équipe réduite pour les tâches ménagères. Après la vaisselle, j’aide un malade à porter les grandes gamelles en zinc à la « cuisine ». Atteint de troubles mentaux, il a un grand sourire béat et des hochements de tête. Au retour, il me prend par la main, encore un de ces instants qui vous serre le cœur. Physiquement, je commence à accuser le coup. Mon dos me rappelle que ne suis pas encore totalement guéri (suite d’un accident de moto, il y a quelques mois). Je pense changer de centre la semaine qui viens. J’aimerai m’occuper d’enfants avec des problèmes mentaux. Voilà, je rejoins Fanny, qui elle aussi souffre du dos (opérée il y a deux ans).

Ces trois jours et le peu que j’ai pu apporté à ces malades n’est qu’une infime poussière. Mais si tout les gens de passage en Inde donnaient quelques jours de leurs vacances ce serait fantastique. Bien sur cela ne changera pas le monde, mais cela y contribuerait. Ils en sortiraient sans doute avec un autre regard sur leur vie au quotidien, comme moi d’ailleurs.   

Selon Claire : C’est ma première expérience en tant que volontaire à la mission de Mère Térésa. J’ai choisi le centre de Shishu Bhavan parce que c’est un orphelinat. Il est tenu par les sœurs et des nourrices. Il y a plusieurs sections : les bébés avec ou sans handicaps ; les plus grands (2 ans à 8 ans) dits « actifs », ils sont propres et mangent seuls (ils sont gérés par les sœurs) ; puis l’autre groupe où ils ont un handicap mental mais aussi physique. C’est avec des derniers que restent les bénévoles, aidées des nourrices.J’y vais de 8h à 11h45, tous les jours sauf le jeudi.  La journée type : en arrivant, faire les lits des enfants (change des draps et des alèses) ; puis on installe les enfants sur des transats pour leur faire prendre leur petit-déjeuner (une tasse ou biberon de lait). Ensuite nous faisons de la place pour y mettre les tapis qui servent pour la séance quotidienne de massages, de kiné, assouplissements des membres spastiques. Chaque bénévole s’occupe d’un enfant, voir deux. Les sœurs nous donnent des porte-folios, correspondant à chaque enfant et résumant les gestes et exercices à faire pour chacun selon leur handicap. Cette séance dure environ ¾ d’heure et en musique ! Ensuite nous leur donnons de l’eau car il fait très chaud, mais c’est relativement bien ventilé (fenêtres ouvertes et ventilateurs). Les petits sont bien hydratés, les sœurs y veillent. En même temps, il y a l’administration des médicaments sous forme de sirop, par une des nourrices. Il y a souvent des pleurs à ce moment là, ce n’est pas une partie de rigolade… Après il y a les changes : ce n’est pas des «pampers » qu’on utilise ici mais un bout de tissu en triangle  que l’on noue devant, avec à l’intérieur une bande de tissu en triple épaisseur pour absorber. Ça fait l’affaire ! Cela fait énormément de linge à laver quotidiennement. C’est impressionnant la quantité de tous ces petits vêtements, draps, changes qui sèchent sur des fils de la terrasse. Tout est lavé à la main, avec du savon et une brosse dans des grandes bassines en zinc. Les volontaires ici ne se chargent pas de la lessive ; ce sont les employées qui s’en occupent mais on peut aider à étendre le linge ou le plier quand il est sec.A 10h, c’est la pause pour les volontaires, elle dure environ une demie heure, avec du chai et des biscuits. A partir de 11h, on donne le déjeuner aux enfants : un grand bol de légumes, viande et féculents mixés ensemble puis un verre d’eau. Pour les plus grands, on ne mixe pas le riz.Ces enfants sont attachants. Je les trouve gais. Ils disposent de jouets, quelques peluches et ne semblent manquer de rien, sauf d’une affection parentale.

Lorsque le petit Johnny me serre dans ses bras et pause ses lèvres sur ma joue, c’est indescriptible cet instant. Ça me rend pleine de joie, de bonheur.

 

 


Publié à 18:00, le 5/06/2009 dans Calcutta, Kolkata
Mots clefs : hôpitaldispensairesMissionnaires de la Charitéorphelinatsmere teresaBénévolesenfants
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