Notre Inde rêvée
Deux amoureux, Pascal et Fanny, rêvant depuis toujours de partir en Inde. Avec une amie, Claire, nous partons en première intention à Calcutta pour faire du bénévolat auprès des missionnaires de la Charité de Mère Teresa. La découverte du pays, de la culture indienne et des populations est notre principale souhait. Nous profiterons de la dernière moitié de notre séjour pour découvrir quelques grandes villes du Nord de l'Inde, telles que Delhi et son quartier de Pahar Ganj, Agra et son majestueux Taj Mahal, Varanasi, la ville mystique... Nous esperons, à travers ce blog, présenté sous forme de carnet de voyage, vous faire partager notre amour pour l'Inde et nos ressentis sur ce premier séjour en tant que routards.

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3e semaine : Nos derniers jours à Calcutta Du 11 au 13 Juin

 

Notre séjour à Calcutta se termine. C’est  passé vite quand même ! Nous avons profité de notre jeudi de repos pour visiter le temple de Kali qui se trouve à une heure de route du centre ville. Il est juste au bord de la rivière. Il est beaucoup plus beau et plus grand que celui en face du centre Kalighat.. Les deux nouvelles arrivantes françaises se sont jointes à nous et les deux journalistes nous ont suivis pendant notre visite. C’est un site où on ne peut prendre ni photo, ni filmer… ça n’a donc pas été facile. Mais on a bien feinté et on a pu faire quelques clichés magnifiques. Par contre, les reporters se sont fait jeter dehors. Elles auraient pu rester, moyennant un bakchich, mais il vaut mieux éviter de cautionner ce genre de marchandage. Il faisait très chaud ce jour là et vu qu’on avait plus la couche de pollution qui nous protège du soleil au centre ville, on a carrément cramé. En fin de visite, nous avons été sur les ghats pour assister aux ablutions dans la rivière. C’est quelque chose de très important, dans la vie d’un indien, de se baigner dans l’eau du Gange ou de ses affluents. Il est dit que tout indien, doit aller, au moins une fois dans sa vie, se tremper dans l’eau du Gange, à Varanasi, comme les musulmans doivent se rendre à la Mecque. Cela leur permettra de laver tous les péchés accumulés au cours des vies passées. Ça tombe bien, on y va bientôt !

Nous terminons notre quinzaine de volontariat au centre de Daya Dan, sauf Claire qui reste sur Kalighat même si elle accroche pas. Daya Dan, l’orphelinat mixte, est vraiment un lieu très agréable. On sent une ambiance sereine quand on y entre. Les enfants sont adorables et les massis et les sœurs s’en occupent bien, avec amour et dévotion. Nous trouvons vite notre place et aussi, nos chouchous ! On a tous les deux craqué pour deux petits choux qui n’ont pas trois ans.

Il y a Sneha, cela veut dire l'affection en hindou. C'est une petite fille qui a un retard du développement moteur et intellectuel, elle ne tient ni sa tête droite, ni son dos. Parfois, quand elle sourit, c’est un rayon de soleil qui réchauffe nos cœurs.

 Bhaskar, qui veut dire "le faiseur de lumière" est ateint de trisomie. Il jette souvent sa tête en arrière comme si elle était trop lourde, on a toujours peur qu’il se rompe la nuque. Lui est très coquin, fait des sourires à longueur de temps, et nous agrippe de toutes ses forces quand on le prend dans nos bras. On aimerait bien les ramener avec nous….

Le vendredi, la séance de massage a été annulée car une messe avait été prévue pour le départ d’une sœur. On a dû accompagner les enfants pour y assister. On a gardé Bhasker, au fond de la salle, qui passait des bras de l’un à l’autre.  

Après avoir distribués des bonbons aux petits, nous sommes remontés à l’étage pour donner le repas.

Le samedi, les reporters nous ont filmés sur cette dernière journée. On avait aussi l’autorisation exceptionnelle de prendre des photos de l’orphelinat et des enfants, comme tout bénévole lors de son dernier jour. Et on en a bien profité ! Même les massis se sont plu à poser et certaines petites filles faisaient du charme pour être photographié.

Quand nous sommes allés dans la salle de massage, trois kinésithérapeutes indiens étaient là pour évaluer les nouveaux enfants du centre, pour essayer de diagnostiquer leur(s) handicap(s) et établir une fiche d’exercices pour leur rééducation. On a posé quelques questions à l’un d’eux sur les problèmes de certains enfants. Il nous a expliqué, par exemple, que Sehsna ne tient pas sa tête pour une raison neurologique avant tout mais qu’on devait essayer, par certains exercices, de faire travailler ses muscles du dos et du cou pour peut-être avoir une amélioration. Pascal venait justement de s’en occuper et après un bon massage du dos, elle s’était endormie sur le ventre. Il a des mains d’or ! Le kiné l’a réveillé pour la faire encore travailler. Ils ont tous passé la matinée et vu la plupart des enfants. Ça nous a rassuré de savoir que les enfants sont bien suivis ici.

Ce centre nous a vraiment fait changer d’avis sur la qualité des soins donnés par les Missionnaires de la Charité. Si on était assez satisfait de Prem Dam pour les adultes, on avait été vraiment refroidis par Shishu Bavan et Nabo Gibon. Nous partons donc le cœur lourd à l’idée de laisser les enfants, sachant qu’on ne les reverra sûrement plus jamais. On réalise aussi que la venue des volontaires dans les orphelinats n’est pas si bénéfique que ça pour les enfants dans le sens où ils s’attachent aussi à nous, et vivent un nouvel abandon lorsqu’on s’en va. Ça a été dur de quitter le centre.

Le soir, Simone avait organisé une petite soirée pour se dire au-revoir. Elle tenait à tout prix à nous faire goûter son dessert préféré : la papaye au whisky ! Elle en avait préparé deux plats, un avec des papayes et un autre avec des mangues. Mais d’abord, l’apéro ! On voulait des bières, qu’on a eu du mal à trouver car les gens sur Calcutta ne boivent pas trop d’alcool. On s’est tous retrouvés au fond du jardin, sur les bancs ou assis sur l’herbe. Il y avait aussi, Brigitte et Dagmar nos deux autres camarades toulousaines, Yves, JB le canadien, ami de Simone, Marguerite, une retraité anglaise qui vit ici et Lise et Flora, les journalistes. C’était un moment très agréable. Nous avons ensuite commandé des pizzas chez Hut ! On a passé une bonne soirée, mais triste de quitter nos amis.

 

 

Le lendemain nous avons pris le train pour Varanasi, anciennement Benares. Le trajet était moins sympa qu’à l’aller car nous étions dans la classe A3, dans un compartiment à six couchettes, donc plus serrés et avec des ronfleurs. Et comme en Inde, chacun fait comme il veut, on a eu droit à la musique hindi sur le portable d’un des voyageurs. On en pouvait plus… Bref, on est arrivé à Varanasi bien fatigués mais heureux de découvrir cette ville si mythique.



 


Publié à 15:48, le 18/06/2009 dans Calcutta, Kolkata
Mots clefs : orphelinatsDaya Dantemple de Kalimere teresaenfants handicapésBénévoles
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2e semaine – Les différents orphelinats

 

 

PASCAL

Vendredi 5 juin

J’ai très mal dormi et décide de ne pas aller au dispensaire. J’essaye de me rendormir une fois que Fanny est parti mais la chaleur est déjà insupportable. Je me prépare et prends l’appareil photo. Je plonge dans la première rue qui mène au quartier musulman. Je flâne et regarde tous ces petits métiers artisanaux.

 

C’est incroyable ce qu’ils arrivent à faire, vu le matériel utilisé. Que de la récupe ! Ils font des bobinages, des lampes, des clefs, des moteurs,…. Ils adaptent tout. Même si la pièce n’est pas prévue pour, ils arrivent à la faire aller. Ça ne marchera qu’un certain temps mais ça marche !

Je m’arrête prés d’un petit atelier où ils refont les alternateurs. Deux Indiens me proposent de m’asseoir et je commande des chais que l’on boit ensemble. Ils sont fiers de me montrer leurs talents. Parti de plusieurs morceaux, ils arrivent à faire du « neuf ». Nettoyage, brossage, bobinage, peinture et voilà le tour est joué. Je leur prends quelques photos, ça leur plait.

 

Continuant mon chemin, j’arrive à prendre quelques clichés sympas. Des commerçants, des marchands de rue, des familles, des enfants, des rickshaws, mendiants et sâdhus.

Après deux bonnes heures de marche je rentre à l’hôtel pou rejoindre Fanny qui arrive du nouveau dispensaire où elle a commencé. Elle est plutôt contente. L’après midi nous allons juste faire un tour au cyber café.

 

 

 

Samedi 6 juin

  Je suis impatient d’aller dans mon nouveau

centre, à Nabo Gibong, accueil pour les ados orphelins et handicapés, de 12 à 18 ans. Comme d’habitude petit déjeuner  à Mother House. Je retrouve Philippe, un français que j’avais déjà rencontré au Blue Sky Cafe. Il nous guidera pour aller au dispensaire qui est le plus éloigné. Nous sommes quatre volontaires.  Une heure de bus à travers Kolkata  (c’est pas rien, le matin au réveil). Il se trouve au Nord Est de la ville alors que nous sommes au sud. C’est partit pour une heure de folie. On est tombé sur un fou du volant. Dépassements sans visibilité, freinages tardifs, debout sur le klaxon, il nous projette dans tous les sens jusqu’à l’accrochage avec un autre bus. Là, au lieu de se calmer, il se lance dans une course poursuite avec l’autre chauffeur. Je n’en vois pas la fin. Je suis accroché à en avoir mal aux mains. Je regarde les autres passagers. Ils ont l’air impassible, mais je vois bien quelques grimaces. Mais bon, si c’est leur carma !!!!  Philippe me tape sur l’épaule pour me dire qu’on est arrivé. Je ne me fais pas prier. Nous sommes dans la banlieue de Howrah. Légèrement plus rurale, mais avec toujours la même frénésie dans les rues.

Nous arrivons au dispensaire qui est géré par les frères. Il n’y a que des hommes. L’accueil est sympathique, nous posons nos affaires et nous faisons le tour des lieux. L’aménagement est très sommaire. Des lits superposés meublent la chambrée. Une salle commune où les enfants prennent leurs repas et deux cours intérieures. Seul « luxe », un jardin d’enfant avec toboggans, tourniquet, balançoires et divers jeux attractifs.

A peine arrivés, on  nous propose de passer de l’huile de coco dans les cheveux des enfants et de les peigner. Avec Philippe, nous nous occupons de cinq jeunes. Ils sont tous très handicapés. Atteint de troubles moteurs et mentaux,  certains présentent aussi une trisomie, de la cécité ou font de l’épilepsie. Après notre tâche accomplie, je commence à m’amuser avec Saresh. Il a 12 ans d’après sa fiche. En effet, dans les centres pour enfants, on trouve une fiche explicative, pour chaque enfant, où est marqué son nom, son age, sa maladie et ce qu’il est conseillé de faire avec lui. Pour Saresh, pas besoin de lire pour voir qu’il a été maltraité durant son enfance. Son pied droit est déformé, il est craintif mais très affectueux. Il s’accroche à ma main de toutes ses forces et dés que je vais vers un autre enfant, il me fait comprendre son mécontentement par de petits grognements ; se sont les seuls sons qui sortent de sa bouche. Je me promène un petit moment avec lui et doucement je le fais asseoir dans le jardin en lui faisant comprendre que je vais revenir. Même si on le souhaite, on ne peut pas rester avec un seul enfant. Il faut partager. J’ai juste le temps de me retourner qu’un jeune surexcité me prend les mains et commence à sauter sur place. Je le suis dans son mouvement et nous commençons à tourner. Il rigole comme un fou. Tout d’un coup il me lâche les mains et faisant le tour, il saute sur mon dos. Là, j’entends Philippe qui me dit « fais attention quand il est comme ça, parfois il mord ». Aussitôt, je le fais descendre. Et comme une furie, il se jette sur Philippe et le mord à la poitrine. Ce n’est pas de la méchanceté, il est hyperactif et n’arrive pas à contrôler ses pulsions. On le met sur une balançoire pour le calmer. Il est hilare et se balance de plus en plus haut. Ça n’a pas l’air de le calmer ! Bien au contraire. Tout à coup une petite main viens se glisser dans la mienne. Un bout de chou me tire vers la cour extérieure. C’est Han. Il est sourd et muet. Il s’exprime avec de petits grognements. Il a le regard vif et une bonne bouille de filou. Sans doute le plus jeune. Il me montre qu’il faut promener un enfant handicapé moteur dans une chaise roulante. Donc, je m’exécute, et  fière comme Baptiste, il m’accompagne. Il est génial. C’est déjà l’heure du repas. Les volontaires ont pour tâche aujourd’hui d’enlever les arrêtes du poisson qui sera servi avec du riz, des légumes et du fromage frais. Waw, je sais pas le nom de ce poisson mais pour sur, c’est pas de la sole ! Le tas d’arrêtes est aussi haut que le tas de chaire. Il nous aura fallu 20 minutes à cinq personnes pour en venir à bout. Nous donnons à manger aux enfants impotents.

On peut voir de plus près que les soins sont sommaires. Un enfant a une plaie au menton qui suinte, en autre a une méga infection aux oreilles, et bien d’autres bobos (quand on sait qu’ici la moindre plaie peut se sur infecter, puis faire une septicémie). Je le signale et on me dit qu’ils sont au courant. Bon, que faire, je ne suis là que pour la journée (le dispensaire est trop loin de notre hôtel, 3h de bus sous 42 °) et eux sont là toute l’année. Ils sont indiens et gèrent les choses à l’Indienne. Les plus coriaces survivrons et il faut l’être pour vivre dans les rues de cette ville !!!

Nettoyage puis repas avec les frères. Houlala, très très épicé…

Retour sur Kokalta en bus. On traverse un immense bidon ville que je n’avais même pas vu le matin (trop concentré sur la route !). Ici, la pauvreté vous saute à la figure. Il me faudra presque deux heures pour arriver à l’hôtel.

 

 

Dimanche 7 juin 

Je vais faire mon troisième dispensaire ce matin, Daya Dan, pour les orphelins de 2 ans à 12 ans. Aujourd’hui mon guide, c’est Yves. Ce n’est que son troisième jour dans ce centre. Il me dit que c’est vraiment sympa et surtout très calme au second étage. Le premier étant réservé aux enfants autonomes (donc plus vifs). Après 30 mn de transport, nous voilà arrivés. Nous sommes huit volontaires. Quatre resteront au premier étage et les autres au second. Je visite tout de même le premier étage. On rentre dans une cour commune où jouent les enfants. Je ne les trouve pas particulièrement turbulents, comparés à ceux de Nabo Gybong. Que des garçons un peu vifs, mais tout à fait gérables. Après cette courte visite, nous montons au troisième et non pas au second, car cet étage est réservé aux sœurs. Là, de la musique douce est diffusée et nous met de suite dans le bain. C’est l’étage zen. Les enfants sont surtout des filles. Elles sont sur leur 31. Habillées de belles robes, elles vont chanter pour le départ de trois sœurs. En attendant, une Massi vient me chercher pour étendre le linge sur le toit. Vers 9H00, je redescends pour voir le spectacle des enfants. Ils ont un micro et chantent à tu-tête. Les trois sœurs ont les larmes au bord des yeux et les enfants aussi. Gros câlins et distribution de bonbons pour réconforter tout le monde. Il est l’heure du repas. Je donne à manger à une enfant de 8 ans qui est aveugle. Pas facile, car elle se balance sans cesse de gauche à droite pour faire bouger ses nattes, apparemment. Le repas est terminé et après une rapide vaisselle, nous couchons les enfants pour la sieste. En rentrant à l’hôtel, je me dis que j’ai enfin trouvé ma place. Cet endroit m’a beaucoup plus. Les sœurs sont douces et les employées très gentilles, ça change des autres centres. 

   FANNY 

Après ce début de semaine intensif et deux jours de repos qui ne l’étaient pas tant que ça, je décide de commencer le bénévolat auprès des enfants. Je débute donc à Shishu Bahvan avec Claire, auprès des petits enfants avec des handicaps. La première journée me réjouit car ces enfants ont encore plus besoin de présence et d’affection. Je sais que je peux le leur apporter. Il n’est pas facile de voir deux d’entre eux qui ont les globes oculaires vides et les cils collés : leur a-t-on arraché les yeux pour faire du trafic d’organe ? ou est-ce seulement pour qu’ils deviennent des mendiants plus touchants et donc plus rentables ? Comment certaines personnes peuvent-ils être aussi cruelles envers ces bébés ?

Quelques sœurs novices nous aident. Elles débutent comme nous et sont un peu perdues. Mais elles sont vraiment tendres avec les enfants.. Les employés, dites les Massis, sont là pour nous guider. On se rend compte petit à petit qu’elles nous laissent trop peu d’autonomie et surtout pas de prise d’initiative (à part pour étendre le linge, ça les soulage un peu).

Je vais m’occuper principalement de Johnny et d’Antonio. Johnny est aveugle (il a encore ses yeux), il est autiste et ne tient pas debout : il a une légère hémiplégie à gauche. Il va sur ces 6 ans. Il a besoin de beaucoup d’attention, d’être réassuré et qu’on aille à son rythme. Il adore la musique et quand les sœurs mettent des comptines en anglais, il se met à bouger les bras en l’air et à gigoter dans tous les sens. Il aime la musique, il porte bien son nom !

Antonio, lui, est un bout-d’chou d’environ 2 ans. Il n’a pas de handicap physique. Il a un léger retard du développement en raison de son abandon. Il est très coquin et joue de son charme pour faire des caprices. Il les fait toutes craquer ! Il commence à marcher et à manger seul.

Les autres enfants ont des handicaps assez lourds et la plupart sont autistes. Dès le deuxième jour, je remarque que rien n’ai fait pour aider ces enfants à s’éveiller et à sortir de leur monde. Les Massis me semblent être trop dures et n’apportent aucune marque d’affection.  Elles ne parlent pas aux enfants. Claire et moi commençons à se sentir très mal à l’aise. Je repense à ces orphelinats où les bébés se laissaient mourir par manque de liens affectifs avec les nounous.

Lors du repas, elles estiment qu’on ne va pas assez vite pour donner à manger aux enfants (il est pourtant que 11h et nous sommes une bénévole par enfant donc en nombre suffisant). On vient alors nous récupérer la gamelle des mains pour finir avec l’enfant. Rappelons que Johnny, entre autres, est autiste et qu’il faut donc aller à son rythme. L’employée colle donc la tête du petit contre le dossier de sa chaise, me demande de lui tenir les mains, et lui enfile une à une les cuillères de soupe, qu’il n’a même pas le temps de déglutir. Mais pourquoi fait-elle ça ? Pourquoi se presser, pourquoi utiliser la force ? Je vois alors que Johnny n’est pas le seul à être nourrit comme ça. Qu’ils pleurent ou qu’ils soient en train de dormir, le bol de soupe sera terminé.

Pendant ce temps, on a remarqué avec Claire que la petite fille malade, qui dort depuis plusieurs jours, sans manger, ni boire, attire enfin l’attention de la sœur « infirmière ». Je me demande si elle va être perfusée car elle a besoin d’être réhydratée. Les sœurs ont sortis l’attirail d’aspiration. Je me dis qu’elle aura peut-être une sonde gastrique pour l’alimenter aussi. Elles ont l’air de ne pas savoir comment ça marche. Il semble, en fait, qu’il manque un embout au tuyau. Elles y passent une bonne demi-heure. Claire me dit d’aller proposer mon aide. Je n’ose pas du tout vu le faible accueil qu’on nous réserve ici. Je finis par m’approcher d’une sœur, je lui dis qu’étant infirmière, je pourrais peut-être aider ? Elle me dit poliment que l’autre sœur, que je voie galérer avec ses tuyaux, est infirmière aussi et qu’il est l’heure pour moi de partir. Le message est passé… Claire comprend à mon regard qu’on peut s’en aller.

 

Je ne vais pas décrire davantage ce qu’on a pu observer. Je ne veux pas critiquer une façon de faire, qui n’est pas la notre. Par ce témoignage, nous voulons prévenir qu’il ne faut pas arriver ici pour tout révolutionner. Il est certain que nous ne sommes pas en Europe et qu’ici, la prise en charge de la maladie est bien différente. Il s’agit plutôt, du moins chez les sœurs, d’un accompagnement dans la maladie et jusqu’à la mort. Quoique l’on fasse, c’est de la volonté de Dieu que dépendra la guérison ou non. Pour des soignants occidentaux, on se sent vraiment inutiles, d’autant plus si on n’est pas croyant. Surtout quand on sait qu’avec un minimum de soins, on peut obtenir des résultats. Mais pas de résultas sont attendus ici.

Avec les enfants, on se rend compte aussi que c’est très différent. Si en France, on en fait parfois trop, ici on voit vite que c’est le contraire, et on peut être choqués, en tant qu’occidentaux, d’assister à une manière de faire, loin de la notre. Il est claire que Dolto n’a pas franchi les frontières indiennes !

Claire et moi sommes gênées d’assister à cela et déçues de ne rien pouvoir changer. Rester là sans rien faire, ce serait cautionner de tels actes. A mon 3e jour, le 7e pour Claire, nous décidons de ne plus y revenir.

  

Pour ne pas rester sur une mauvaise image des centres d’accueil pour enfants, je décide d’aller à Daya Dan où Pascal a passé une première journée, le dimanche, très satisfaisante.

Claire ne veut plus retourner auprès des enfants cette semaine. Elle choisit d’aller à Kalighat, le mouroir. A nous trois, on aura essayé presque tous les centres de  Calcutta !

Si on semble s’éparpiller, c’est plutôt qu’on se rend bien compte que nous ne sommes nullement indispensables dans aucun centre des Missionnaires des la Charité. Ne restant finalement que deux semaines sur Calcutta (on a vraiment du mal à s’acclimater à cette ville), on veut partir d’ici avec une idée générale sur l’action menée par les sœurs dans la poursuite de l’œuvre de Mère Térésa.

 

Nous recommençons la semaine de travail mardi 9 juin. Nous avons passé une partie du lundi à cavaler dans la ville pour acheter nos billets de train pour Varanasi et Agra. C’est le parcours du combattant à Calcutta dès qu’on veut aller quelque part. Entre les taxis qui nous mènent en bateau, les gens dans la rue qui nous renseignent mal, plutôt que de dire tout simplement qu’ils ne savent pas ! Ils cherchent à nous rendre chèvre ! Mais ils vont y arriver !!! On se souvient quand Simone nous expliquait son point de vue sur les Indiens en général, à Calcutta. Sur un ton théâtral, elle nous dit : «ils cherchent à nous rendre cinglés ces indiens ! Mais y a rien à faire ; on revient toujours ! »

  

Parce que je suis malade, ma première journée à Daya Dan s’écourte. A 10h du matin, je me sens trop mal pour rester et je ne tiens pas à contaminer les enfants avec mon gros rhume, même si je me doute qu’ils sont bien plus résistants que moi. Nous rentrons avec Pascal et nous nous reposons jusqu’au jeudi où on doit visiter le temple de Kali tous ensemble.

Claire a bien commencé à Kalighat mais semble observer aussi des choses qui la gènent. Elle en fera part un peu plus tard, en bilan de fin de semaine.

 

Entre temps, deux nouvelles françaises sont arrivées au BMS Guest House dans le but de faire du bénévolat avec nous. La mère est infirmière et sa fille passe en troisième année de médecine. Elles sont vraiment pleines de volonté. On se dit qu’elles risquent d’être déçues. On leur explique déjà qu’elles ne doivent pas s’attendre à faire des pansements mais plus du relationnel. Qu’elles risquent d’être surprises parfois. Elles verront par elles-mêmes. Elles commencent à Shishu Bhavan… c’est peut-être pas une bonne idée. Effectivement, le soir même, la mère est très en colère, sa fille essaie de relativiser, de comprendre. L’une semble excessive, l’autre trop naïve. Comme tout le monde qui arrive à Calcutta, on est bousculé dans nos idées. Il faut un petit temps d’adaptation pour atterrir sur la planète Kolkata.

 

Les reporters nous ont rejoins mercredi soir. Elles vont finir la semaine de tournage avec nous et les quelques autres français bénévoles.


Publié à 15:45, le 11/06/2009 dans Calcutta, Kolkata
Mots clefs : Nabo GibongShishu BhavanMissionnaires de la CharitéorphelinatsDaya Danmere teresaBénévoles
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