Notre Inde rêvée
Deux amoureux, Pascal et Fanny, rêvant depuis toujours de partir en Inde. Avec une amie, Claire, nous partons en première intention à Calcutta pour faire du benevolat auprès des missionnaires de la Charité de Mère Theresa. La découverte du pays, de la culture indienne et des populations est notre principale souhait. Nous esperons profiter de la dernière moitié de notre séjour pour découvrir quelques grandes villes du Nord de l'Inde.

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Bels et bien rentrés... par Fanny - 05 octobre 2009

Voilà plus de deux trois mois que nous sommes rentrés. Bien que nous avons passés les premiers jours après le retour à farnienter et récupérer des forces, avec l'idée de profiter plus des choses et des gens qui nous font du bien, la routine et le quotidien a forcément repris le dessus, car il a fallu reprendre le travail, malgré nous... Bien sur, nous arrivons à relativiser beaucoup plus de choses aujourd'hui : des problèmes qui au bout du compte n'en sont pas, éviter des conflits qui ne servent qu'à faire du mal, et perdre du temps à des choses futiles, entre autres. Il est important de prendre son temps dans les activités que l'on aime et de partager des moments avec amis et familles. De nouveaux projets sont nés également.

Mais le plus difficile, c'est de réaliser que l'on est vraiment rentré et que l'Inde est bien loin maintenant. Il est vrai que pendant les derniers jours du voyage, on avait hâte de rentrer, car très fatigués. Mais très vite après le retour, le manque s'est fait ressentir. Evidemment, le calme, la fraicheur auquels on aspirait tellement pendant notre périple, nous a fait du bien. Oui, mais il y a ce manque. Plus de bruit, plus d'odeur, fini les gens qui nous dévisagent dans la rue, ici on est invisible. Et ces chauffeurs de bus et de rickshaws qu'on a tant maudit. Ils étaient quand même bien plus sympas que ces français au volant si individualistes. Nous avons bel et bien quitté la planète India et la réadaptation n'est pas si facile. Pour moi, une partie de mon coeur n'a pas quitté l'Inde et me rappelle auprès d'elle. Ce sont les enfants de l'orphelinat qui me manquent le plus. Surtout Basker et Sesnha à Daya Dan et aussi Johnny et Antonio à Shishu Bavan. Les femmes de Prem Dam aussi me manquent et je regrette de ne pas avoir passé plus de temps là-bas. Je ne leur ai même pas fait mes adieux. Je sais que j'y retournerai de toute façon. Même si Calcutta a été le plus dur pour nous tous. Par la chaleur et l'humidité, la misère, la saleté, le bruit, les mauvaiss odeurs. Comme quoi, Simone, avec sa sagesse et son experience de plus de 80 ans, nous avait prévenus : "ces indiens veulent nous rendrent chèvre, mais y a rien à faire : on revient toujours !" Oh que oui, on reviendra ! Nous ne savons pas quand, dans plusieurs années probablement. Mais c'est certain ! On s'organisera mieux cette fois-ci et on ira à une saison moins chaude comme novembre, après la mousson, quand le Gange est bien remplit.

Pour conclure, même si nous pensions être bien préparés à ce voyage, nous avons pourtant été chamboulés dans notre vision du monde, déjà bien pessimiste. Des inégalités qui ne font que croitrent entre les différents groupes de populations, une planète qui manque d'air pur. Pourquoi en 2009, tant de gens ne mangent pas à leur faim, n'ont pas un toit sécurisé pour dormir, n'ont pas d'accès à la santé...? Pouquoi tant d'enfants subissent aussi ces drames ? Nous revenons avec encore plus de questions sans réponses. Et dans notre quotidien, dans notre pays si riche mais qui ne redistribue pas au plus démunis, il demeure bien difficile d'accepter ce fonctionnement.

Sur la carte : notre trajectoire au final.



Publié à 19:31, le 5/10/2009, Nice
Mots clefs : retour de voyage
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Dharamsala, ou les vrais vacances - Semaine du 21 au 28 juin 2009

Enfin arrivés au village, nous trouvons assez vite notre hôtel, choisit dans le routard, le Tibet Hotel, plutôt confortable à prix modéré. Nous avons une grande chambre avec vue sur une partie du village et la vallée. C’est très propre, sans bestioles, avec parquet et télévision, même l’eau chaude. On se repose une bonne matinée mais il va nous falloir deux jours pour s’activer un peu. On sent ces dernières semaines sur nos épaules.

La vie à Mac Leod Ganj est plutôt calme, les tibétains ont une attitude très zen. Il y a quand même beaucoup d’indiens qui vivent ici. Nous sommes aussi étonnés du nombre de moines bouddhistes que l’on croise dans les rues, autant d’hommes que de femmes, même des occidentaux. Il y a très peu de mendiants, quelques femmes qui quémandent du lait pour leur nourrissons, quelques vieillards.

Nous n’avons aucune difficulté à nous sentir en vacances. Il y a beaucoup de routards ici qui se la coulent douce. On peut trouver des cours de yoga, de médecine ayurvédique  et de massages, de musique tibétaine, d’art, de reiki. Egalement, des tas de cybercafé, quelques bons snacks et restos, et des boutiques et stands de vêtements, bijoux, sacs et divers objets de déco indiens et tibétains.

On s’est trouvé des cours de cuisines tibétaines avec un jeune cuisinier tibétains, Lhamo. Il a 33 ans et vit de ses cours de cuisine, qui intéressent beaucoup les routards. Ses leçons sont divisés en trois jours, on y apprends à faire des soupes, des pains tibétains, et les fameux momos. Les cours sont conviviales, nous sommes entre 6 et 8 personnes de toutes les nationalités.

Lhamo est quelqu’un de très sympathique. On s’intéresse un peu à sa vie. Il nous explique qu’il a quitté le Tibet il y a 20 ans avec sa sœur. Il a traversé les montagnes pendant deux mois sous la neige. Ils marchaient la nuit pour éviter de se faire repérer par les chinois. Il nous raconte que beaucoup de personnes ont eu les doigts ou les pieds gelés, qu’ils ont du être amputés à leur arrivée. Ses parents n’ont pas pu suivre, les passeurs leur demandent une fortune. C’est pourquoi, beaucoup de famille offrent le voyage aux enfants seulement, les parents restant au Tibet. Un village d’enfants isolés à été construit, le TCV. La communauté tibétaine les prenant en charge, avec école et cours d’anglais. Lhamo n’a pas vu ses parents depuis son départ, il n’avait que 13 ans. Il nous dit qu’il aimerait retourner au Tibet, sa famille lui manque beaucoup.

Pascal a aussi pris des leçons de massages ayurvédiques, sur 10h répartis en cinq jours. Le prof s’appelle Sivadas, il est indien. Nous avons d’abord testé ses massages, une heure de plaisir… C’est plutôt tonique, à base d’huiles essentielles, pour réveiller les points vitaux grâce à une meilleure circulation sanguine et lymphatique. Malheureusement, nous n’avons pas eu le temps de tester les massages tibétains.

Il y a beaucoup de ballades à faire autour du village. Nous sommes aller voir le lac Dal qui est sacré. Mais quand nous sommes arrivés, quelle surprise ! Le lac était complètement vide, un énorme tas de vase à la place, avec un fond d’eau boueuse, remplie de poissons à l’agonie. On nous explique qu’on est en train de le nettoyer. Quelques enfants sortaient les poissons de l’eau pour les mettre dans des seaux d’eau propre et les déplacer ailleurs. Il s’amusaient comme des fous, se baignaient aussi, dans cette eau croupissante. Ils glissaient sur la vase et riaient beaucoup. Les travaux de nettoyage avaient l’air de traîner un peu, alors que la mousson ne devrait pas tarder… On a observé des femmes au travail, qui portaient des pelles de gravier et cailloux, pendant que des hommes les regardaient faire. On est monté plus haut dans la montagne, à 2100 m d’altitude. On cherchait un hôtel avec une piscine pour se détendre. Mais comme on ne de souvenais pas du nom, évidemment on ne l’a pas trouvé ! Mais ça nous a permis de faire une jolie promenade dans la montagne, avec les vaches et les vergers. Dommage que ce soit si pollué là aussi. Les gens dans ce pays n’ont aucune sensibilité sur la préservation de l’environnement. On trouve des bouteilles en plastique et tout autre déchet au bord des routes, dans les bois, dans le lac, forcément.

 

 

 

 

Le jeudi, nous nous sommes levés de bonne heure pour monter à pied à la TCV School, au village des enfants, car le Dalaï Lama était présent pour deux jours de conférence sur le thème de la torture dans le monde. Nous avons du monter à pied pendant une demie heure dans la forêt. Il y avait beaucoup de gens qui marchaient à nos côtés, tels des pèlerins, moines et civils, certains récitaient des mantras, prières tibétaines, tout le long de l’ascension. On pouvait ressentir la ferveur qu’ils ont pour leur guide spirituel. Nous étions également excités à l’idée de rencontrer le Dalaï Lama. Quand nous arrivons dans la cour de l’école, il y a déjà une foule de personnes, principalement des occidentaux car les tibétains eux, avaient des pass pour rentrer dans le bâtiment et assister à la conférence. Nous avons donc attendus, derrière le bandeau de sécurité tels des groupies, sous le soleil du matin déjà très chaud. His Holiness, le Dalaï Lama est arrivé vers 9h. Tous les appareils photos se sont braqués sur la voiture, il nous est difficile de prendre des clichés vu la sécurité qui l’entoure.

Il monte les marches de l’escaliers assez rapidement et s’engouffre à l’intérieur. Quelle déception ; il ne s’est même pas retourné pour saluer la foule qui était venue pour lui. Evidemment, c’est du sérieux, il est là pour donner ses cours de sagesse, pas pour se pavaner. Mais bon, on est un peu déçus et en plus on nous refuse catégoriquement l’entrée dans le bâtiment. On écoute un peu par une porte ouverte sur le côté mais le son est mauvais.

On n’insiste pas plus et on redescend au village pour assister à notre cours de cuisine. En chemin, on croise un jeune allemand avec un appareil photo d’enfer. On l’avait repéré tout en haut des marches. On lui demande de nous montrer ses clichés. Ils sont super, bien mieux que les nôtres, avec des gros plans. Il nous donne son site internet où on pourra les revoir.

Cette semaine de repos passe bien vite et on se retrouve vite au dimanche soir, où l’on doit reprendre le bus pour retourner sur Delhi. Le voyage se passera plutôt bien. On commence par les virages, le conducteur est assez sage, même s’il nous fera quelques frayeurs.

On arrive le lundi matin et Claire aussi est rentrée de Varanasi par le train. On se rejoins au quartier de Pahar Ganj, au même hôtel qu’on avait pris en arrivant. Il faut vite aller enregistrer nos billets d’avion sur internet et les imprimer. Ensuite on va prendre un bon petit déjeuner au Maidan Cafe. La journée sera plutôt cool, derniers achats coupés d’une bonne sieste dans l’après-midi. En fin de journée, on passe voir le jeune épicier qu’on avait rencontré auparavant. Il nous fait asseoir dans son shop. Nous restons une bonne heure à discuter, on lui raconte un peu notre séjour à travers le pays. Il nous offre des boissons fraîches puis nous lui achetons quelques épices. Nous échangeons nos adresses mail avant de nous dire adieu. Nous allons prendre notre dernier repas au même snack. La petite fille qu’on avait photographié un mois plus tôt est là avec sa maman. Un jeune homme les a fait asseoir à notre table pour leur offrir à manger mais il disparaît et on ne le voit pas revenir. On leur offre une assiette de frites, qu’elle ne refuse pas. Sa fille doit manger, elle n’a pas 4 ans. Elle a les cheveux très claires, semble bien soignée et est plutôt propre pour une enfant de la rue. Sa mère parle un peu anglais, bien plus que les simples phrases apprises par cœur par tous les mendiants de la rue. Elle cherche à communiquer, elle a envie de parler. Elle doit se sentir seule. Elle est gentille et calme. Elle chuchote comme si elle n’osais pas déranger. On lui demande pourquoi elle ne mange pas les frites avec sa fille. Elles nous montre ses deux dents de devant qui sont fausses. Elle ne peut prendre que des aliments écrasés ou liquides. Nous lui offrons 100 roupies, ainsi elle pourra se nourrir pendant plusieurs jours. Nous devons rentrer à l’hôtel pour fermer nos bagages et attendre le taxi. Nous saluons l’indienne et sa fille. Notre chauffeur arrive à l’heure et nous allons sur l’aéroport. Le vol est a 2h du matin. A part la mauvaise surprise d'une taxe supplementaire de 1300 roupies pour les étrangers, mise en place depuis février 09 (donc les billets achetés à partir de cette date comprennent le prix de ladite taxe), notre voyage du retour s’est passé sans problème, heureux de retrouver nos familles et de pouvoir nous reposer enfin.

 

 



Publié à 10:53, le 4/07/2009 dans Dharamsala, McLeod Ganj
Mots clefs : TCV schoollac Dalcuisine tibétainemassages ayurvedicHotel TibetMac Leod Ganjdalaï lama
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25e jour, Agra, visite du Taj Mahal et de ses alentours - Jeudi 18 juin 2009

 

Nous voilà à nouveau dans le train pour douze heures de voyage (minimum). Nous sommes plusieurs routards dans notre wagon et il y a deux mexicains dans notre compartiment. Il y a aussi un homme d’affaire de Jodhpur qui rentre chez lui. Il discute beaucoup avec l’autre couple ; ils sont très curieux. Nous, on est plutôt fatigué et après un petit plateau repas vraiment infecte, on s’endort vite jusqu’au lendemain. Le train n’étant pas complait, ça a été vraiment calme et on a pu dormir une nuit entière. Le train avait deux heures de retard, comme d’habitude ; on est donc arrivé vers 8h à Agra. On a de suite trouvé un rickshaw sympa. Il insiste pour nous amener à l’hôtel Maya, celui qu’on avait choisi au départ ; mais comme Ganesh à Varanasi nous l’avait conseillé et réservé des places, on était plus très chaud ; d’ailleurs, tous les rickshaws à la gare voulaient nous y conduire…. Commission oblige.

On a donc insisté pour aller au Sheela Hôtel qui se trouve à même pas cent mètres de la porte est du Taj Mahal et où les véhicules motorisés ne sont pas admis dans ce coin. On est donc sûr qu’on ne nous facturera pas de commission. En plus, le descriptif dans le Routard est vraiment convaincant, mais il vaut mieux qu’on en juge par nous même…

Il nous dépose à deux cents mètres de l’hôtel et nous propose d’être notre guide pour l’après-midi. C’est en effet conseillé de prendre un rickshaw à la journée sur Agra. On négocie une seule fois un tarif global (400 roupies la journée), ça gagne du temps (et de la patience), et le gars nous attend devant chaque monument.

Chargés comme des bœufs (et oui, on ramène pleins de trucs), on arrive quand même jusqu’à l’hôtel qui se trouve au milieu d’un beau jardin exotique. C’est très calme et relaxant. Pas de bruits de klaxons…

On dépose les affaires dans la chambre et nous retournons à pied dans la vieille ville, à Taj Ganj. Il y a un petit resto, plutôt un snack, annoncé dans le Routard avec une excellente appréciation. C’est Joney’s Place, ouvert depuis 1978, une petite pièce, cinq tables et un patron super accueillant. Il nous montre même les vieux livres d’or qu’il fait signer à ses clients. Il nous fait lire des appréciations écrites il y a des années par d’autres français. Toujours des mots sympas. On y recommande surtout le lassi à la banane et le Malai Kofta, préparation légèrement épicée, à base de pomme de terre et de paneer, le fromage indien. Mais comme il fait trop chaud, on prend un super muesli, fruits et yaourt, le petit déjeuner équilibré du routard.

Notre chauffeur arrive un peu en avance et nous partons pour la première visite, le Fort Rouge. On ne visitera qu’une partie des bâtiments, 80% étant encore réservée à l’armée. La visite dure environ une heure. Il y a beaucoup de riches familles indiennes en vacances. Les femmes portent des saris magnifiques, les enfants sont en jean, même  les filles. L’enceinte du fort est très belle et les gravures sur le marbre à l’intérieur aussi, rappelant celles du Taj Mahal et de tous les palais de Maharajas. Sur les terrasses surplombant un jardin intérieur, on peut apercevoir la vallée avec une rivière et derrière, le Taj Mahal. La vue est magnifique. On se prend à rêver d’être au temps des milles et une nuits, vêtus de soies et de dorures, des festins dans les jardins, au son des musiques orientales.

En fait, on n’est qu’en short et t-shirts… mais on plait beaucoup aux indiens qui nous demandent de poser avec eux. On a l’impression d’être des stars internationales. Ils sont justes curieux de nos différences physiques et vestimentaires. Après tout, on passe notre temps à les photographier nous aussi.

Sous une chaleur accablante, au moins 47°C, nous rejoignons notre guide qui nous amène ensuite au Baby Taj, construit bien avant le grand Taj que tout le monde connaît. Il faut emprunter le petit pont qui traverse le cours d’eau. Comme on n’a pas trop envie de le visiter, il nous propose de nous accompagner au bord de la rivière, là où l’on pourra prendre les plus belles photos du Taj Mahal. Nous repartons donc en rickshaw, traversons un petit village aux murs bleu turquoise.

On remarque aussi des petites échoppes remplies de saris de toutes les couleurs. On est très curieux, le chauffeur nous explique que ce sont des saris de seconde main, qu’ils sont nettoyés, réparés si besoin, et revendus à faible coût. C’est plutôt intéressant. C’est vrai qu’en Inde, tout est récupéré, rien n’est jeté. Il nous dépose devant des vendeurs de boissons, au milieu de nul-part et nous indique la direction de la rivière. Evidemment on se fait aussitôt harceler pour acheter de l’eau, des sodas et mêmes des pigments colorés pour faire des minis tatouages ou des bindis, au centre du front comme toutes les femmes indiennes.

Quand on arrive à semer tous ces braves gens, on longe un petit verger puis un ashram avant d’arriver sur la rive. Devant nous, le Taj Mahal se présente, majestueux et rien que pour nous. On peut enfin prendre de beaux clichés. Nous retrouvons notre guide, ravis qu’il est eu une si bonne idée. Ça doit être la visite habituelle de la ville.

Au retour, on veut vraiment voir ces saris de plus près, on lui demande de s’arrêter chez un des  commerçants pas trop cher. Il précise qu’un sari d’occasion coûte environ deux cents roupies. Nous rentrons dans le petit shop après avoir enjambé des dizaines de tissus déployés sur le sol. Des centaines de saris empilés les uns sur les autres,  surtout des soies, de toutes les couleurs

On ne sait pas par où commencer. Ils sont tous beaux ; le choix sera difficile. On ne les portera pas en France, il faut donc trouver des motifs qui iront bien pour des rideaux ou des tuniques. Nous nous décidons pour six pièces qu’il va falloir négocier. Déjà les enfants du village s’étaient attroupés autour de nous. Maintenant, quelques femmes, curieuses de savoir à quel prix nous allons les emporter, se rapprochent doucement. Nous faisons l’animation du quartier, dans la joie et les rires. Pascal, en bon commerçant, propose un prix d’attaque. Six cents roupies le lot, soit cent par pièce. Le vendeur est sidéré, mais, qui ne tente rien à rien. On lui explique que ce sont des articles d’occasion, baisser de moitié le prix est normal et qu’on en a acheté un à Varanasi pour trois cents roupies et il faisait six mètres. Ceux-là n’en font que cinq et demi. Il fait semblant de ne pas nous croire mais comprend vite qu’on est sérieux et qu’on n’abandonnera pas. Le moment de réflexion est intense, le temps semble être suspendu, les femmes et les enfants se taisent, dans l’attente d’un prix final, qui lâchera le morceau ?… Finalement, le vendeur nous propose mille roupies le tout. On fait semblant de réfléchir un peu puis on accepte. Les femmes sourient, il semblerait qu’on a fait une très bonne affaire. Nous n’en doutons pas.

Nous remercions tout le monde, prenons en photos nos spectateurs et repartons sur notre rickshaw.

Il est bientôt 17h30, nous devons vite nous rendre au Taj pour le visiter avant sa fermeture. Plus tôt, il faisait bien trop chaud. Nous allons pouvoir admirer le coucher du soleil ; ça doit être magnifique. Pour les touristes étrangers, une bouteille d’eau et des sur-chaussures sont offertes car il faut se déchausser sur le marbre du palais, et la consigne est gratuite, pour une fois. Nous entrons dans l’enceinte du palais, grandiose. Les jardins sont encore pleins de visiteurs. Nous nous hâtons vers la porte voûtée. Il est impossible de prendre des photos sans avoir des touristes dessus. Nous nous promenons deux heures à travers les jardins et autour du palais. Dommage qu’il y ait autant de monde, mais on imagine bien que ça doit être encore pire de novembre à février. Nous nous séparons de Claire, elle va voir l’intérieur du Taj et nous allons voir le coucher de soleil au pied du bâtiment. En fait, on s’est perdu ; on se retrouvera à la sortie.

Nous rentrons nous rafraîchir à l’hôtel puis on va dîner chez Joney’s. Nous goûtons le Malai Kofta : on confirme, il est divin, meilleur que partout ailleurs. En fait, la patate est bouillie, hachée et mélangée avec le fromage puis on reconstitue une boule qui est frite dans l’huile. La sauce est épicée selon le goût de chacun. Accompagné d’un cheese nan, c’est parfait. Le banana lassi est aussi le meilleur qu’on ait testé depuis notre arrivée. Il est très épais, donc moins de lait. On y ajoute une cuillère à soupe de coco râpée et une cuillère à café de chocolat en poudre. L’idée de la coco est géniale.

Le soir, en rentrant à l’hôtel, Claire nous annonce qu’elle veut repartir sur Varanasi. Elle a eu un vrai coup de cœur pour cette ville et veut finir son séjour là-bas. Elle nous rejoindra sur Delhi, la veille du départ. Pour nous, ce sera Dharamsala, au nord du pays, sous la chaîne de l’Himalaya. Notre projet de faire le Rajasthan était, en effet, tombé à l’eau depuis quelques semaines. Beaucoup de gens à Calcutta nous l’avaient déconseillé, vu la chaleur. Visiter le Sikkim ou le Ladakh était plus raisonnable. C’est dommage car le Rajasthan est vraiment une région à faire. Nous reviendrons sûrement une autre fois, en hiver.

La nuit a été difficile à cause de la température qui ne baissait pas. Nous n’avions pas d’AC mais l’air cooler, un ventilateur extérieur, entouré de paille qui baignent dans l’eau pour rafraîchir l’air. L’appareil fait un bruit d’enfer et quand on l’arrête, l’odeur de l’eau croupie ressemble à des œufs pourris. C’est infecte.

Pour nous remettre en forme, nous prenons notre petit déjeuner chez Joney’s, encore. Il est très bon et les prix sont les moins chers que l’on puisse trouver. Un vieux marchand ambulant propose dans sa valise qu’il appelle « son shop », des huiles essentielles de fleurs. L’odeur qui se dégage dans le snack est enivrante. Du jasmin, de la rose, de l’opium, du santal, du lotus… Il a même de l’ambre en morceaux. On frotte le caillou sur la peau et l’odeur est très forte et reste longtemps. Nous nous décidons à lui prendre quelques fioles. C’est un peu cher mais vu la qualité, ça vaut le coup. Surtout que c’est du concentré d’huile essentielle, en le diluant dans de l’alcool, on fera du parfum. Le vieux bonhomme est charmant et plein d’humour. Il nous offre même un morceau d’ambre.

Notre chauffeur arrive à 9h30 et nous allons dans une agence de voyage pour acheter le billet de train de Claire. Les trains étant pleins pour Delhi, on nous conseille le bus, il y en a pour six heures de trajet, minimum. On risque de ne pas avoir le bus pour Dharamsala qui part de Delhi à 18h30. Nous choisissons de nous offrir un taxi avec l’air conditionné, pour seulement trois heures de parcours. Notre guide connaît un taxi, commission incluse, nous négocions un pris correct.

Nous disons au-revoir à Claire et lui souhaitons bonne chance car désormais, elle sera seule.

 

Un voyage interminable - Vendredi 19 et samedi 20 juin 2009

Notre périple en taxi ne sera pas de tout repos, bien au contraire. Le chauffeur conduit vraiment mal, et pire, il s’endort au volant ! Alors que nous comptions profiter du trajet pour nous reposer, nous sommes sur le qui-vive, pendant trois heures, à surveiller notre chauffard au moindre mouvement de paupière. On est stressé, on sert les fesses. On s’éclate de rire aussi, c’est vraiment nerveux. Il va même prendre en stop un indien, prétextant que c’est son frère, à nos propres frais, bien sur… C’est vrai, ici, tout le monde est frère !

Nous arrivons sur Delhi en milieu d’après-midi mais il est impossible de nous faire accompagner jusqu’au quartier tibétain par le taxi. Il ne connaît pas du tout la ville. On lui demande de nous trouver un rickshaw. Mais celui là ne connaissant pas sa ville non plus (comme la plupart des rickshaws) va nous perdre pendant plus d’une heure sous une chaleur étouffante, pire que partout ailleurs. Il veut notre mort, c’est sur. Avec un plan à peu près bon dans notre guide, nous finissons par nous rapprocher du camp de Majnu Ka Tilla, où les réfugiés tibétains se sont installés. C’est de là que partent les bus pour le nord. Le chauffeur ose nous demander le double du trajet, parce qu’il n’avait mis le compteur qu’à mi-chemin. Là, on commence à péter les plombs. On est fatigués, on a perdu beaucoup de temps et de patience, ce crétin nous a perdus, et il ose nous facturer un supplément. On est tellement a bout qu’on lui hurle dessus. Lui, il garde son calme, il sait qu’il joue avec nos nerfs, comme beaucoup de chauffeurs de taxis et rickshaws, ça les amuse. On est à fleur de peau, il voit qu’on est très en colère mais insiste encore un peu. Il ne devrait vraiment pas… Finalement, on préfère partir, avec nos vingt kilos de sacs chacun, et lui reste bêta au milieu de la route, mais il ne nous courra pas après…

Maintenant il s’agit de trouver l’entrée du camp puis la Potala guesthouse, qui fait aussi agence pour les bus. Les Tibétains sont sympas, et nous indiquent correctement le chemin, eux. Les ruelles sont ombragées, c’est plus facile mais on est vraiment à bout de forces.

Quand nous trouvons l’agence, il n’y a plus de billet pour le bus du soir. C’est vraiment pas grave, on ne se sent pas d’enchaîner le voyage de nuit ; en plus, je commence à être malade. Le petit déjeuner à Agra n’est pas passé…

Nous restons couchés jusqu’au lendemain soir, dans une chambre pleine de cafards... Encore une fois, bravo le guide du routard ! Eux aussi doivent toucher des commissions. La prochaine fois, on partira avec le Lonely Planet.

Le lieu de rendez-vous est à 18h30. Le bedi travel bus, « bedi » ne signifiant absolument pas « bed », partira avec un peu de retard à 19h30. Douze heures de trajets sans dormir, on a trop mal au dos. Le conducteur du bus ne se perdra que quelques fois en milieu de nuit, dans une zone rurale avec des habitations plutôt jolies. On passera deux, trois fois devant les mêmes maisons. On se marre bien : Chauffeur, t’es un champion ! Heureusement qu’il fait la route souvent. Son assistant va finir par téléphoner pour demander de l’aide. Et c’est repartit !

Le plus dur du parcours sera les deux dernières heures, dans les montagnes avec pleins de virages. Mon estomac ne le supportera pas… Heureusement, on avait prévu des sacs !

Juste avant d’arriver sur Dharamsala, on aperçoit des rizières. C’est très beau, très vert, même si la sécheresse est là aussi. La mousson attendue mi-juin n’a toujours pas commencé. La petite ville se présente enfin à nos yeux. La moitié des passagers y descendent. Nous continuons jusqu’à Mac Leod Ganj, la partie touristique de Dharamsala, qui se trouve à neuf kilomètres plus haut. Nous sommes à 1700 mètres d’altitude. L’air est agréable, il ne fait pas plus de 25°C. On respire enfin.

 

Publié à 10:50, le 27/06/2009 dans Agra, Âgrâ
Mots clefs : Banana LassiMalai KoftaJoney's PlaceSarisFort RougeHotel MayaSheela Hotelbaby tajtaj mahal
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4e semaine : Varanasi, ville mystique - Du 15 au 17 juin 2009

 

 

 

Nous arrivons à Varanasi, l’une des plus vielles villes du monde, ancienne Bénarès. A notre descente du train, on est de suite harcelés de chauffeurs de rickshaws et de taxis. Finalement, on accepte d’en écouter un qui parle un peu français et il a l’air sérieux. Son rickshaw a été investi par une française, de Nice ! Il nous montre même les papiers du véhicule avec son nom, Nicole, et sa photo. Il nous explique que c’est l’amie de son frère, qu’elle lui loue le véhicule pendant trois ans et qu’il pourra lui racheter alors grâce à ses bénéfices. Un genre de micro crédit personnalisé.

Il nous conduit donc à l’hôtel qu’on avait choisi dans le Routard, le Sandhya Guest House. Il nous y amène sans problème, nous raconte quelques anecdotes sur la ville en même temps. Il est très sympa.

On arrive au bout de trente minutes à l’hôtel. Pascal va vérifier si les chambres sont correctes avant de laisser partir le rickshaw. Ça à l’air bien, on y reste. Bon, c’est un peu cracra mais pour deux jours, ça ira. Du moment qu’on a la clim’. Le problème, c’est qu’avec toutes les coupures de courants, on en profitera vraiment peu.

On rencontre très vite le responsable de l’hôtel, qui n’est pas le boss. Lui s’appelle Ganesh ; va-t-il nous porter chance ?…  En tout cas, il est très présent, trop présent même… Il nous donne pleins de conseils, des infos sur les lieus à visiter, les achats à faire. Il a des connaissances pour tout, à de bon pris. Trop bon pour être honnête, il va falloir se méfier, encore une fois. On déjeune avec deux français au resto de l’hôtel, ils sont arrivés ce matin eux aussi. Le type est déjà venu en Inde l’année dernière, il se la raconte un peu. Il boit l’eau à l’indienne, sans poser les lèvres sur la bouteille. Evidemment, il n’a pas l’habitude, il se renverse toute l’eau dessus. Il voulait se la jouer indian ; il s’est loupé. Je me demande pourquoi changer ses habitudes occidentales qu’on a acquis depuis petit ? Va-t-il aussi manger avec sa main droite et utiliser la gauche pour… le petit coin ? Bon, si ça lui plait.

On parle de faire la ballade sur le Gange au lever du soleil en barque. Le patron a un employé qui s’en charge pour 50 roupies par personne. On se met tous les cinq d’accord, on se donne rendez-vous le lendemain à 4h45 en bas de l’hôtel. Le type viendra nous chercher puis on ira tous ensemble aux ghâts.

En attendant, on va faire une sieste jusqu’à 16h car le soleil est trop fort. On décide d’aller se balader sur le ghât près de l’hôtel ou se font les crémations. Notre hôte préfère que quelqu’un nous accompagne car il a peur qu’on se perde dans les ruelles. Il est vraiment trop sympa, ça cache vraiment quelque chose… Bon, l’employé qui nous accompagne parle anglais, il est sympathique et nous explique pleins de choses. Harischchandra Ghât se trouve devant le crématorium électrique, destiné aux familles trop pauvres pour acheter le bois pour faire brûler le corps. Se faire incinérer au bord de l’eau sur un bûcher en bois est plus ou moins onéreux, cela dépend aussi de la qualité du bois, le plus classe étant le bois de santal. Le moins cher brûle aussi beaucoup moins bien. Le cadavre ne se consumant pas entièrement, les restes seront jetés directement dans le Gange, où corbeaux et vautours achèveront le travail… Ici, toutes les religions sont acceptées, tandis que le ghât principal, le Manikarnika ghât, n’est accessible qu’aux hindouistes.

Une crémation se prépare quand nous arrivons au bord du Gange. La famille est là, uniquement les hommes, les femmes n’ont généralement pas le droit d’y assister. Presque tous sont habillés en blancs. Ils n’ont pas l’air triste du tout, au contraire. C’est une étape importante dans la vie d’un indien car mourir à Varanasi, c’est en finir avec le cycle infernal des réincarnations et atteindre sur-le-champ le nirvãna. Quatre hommes amènent le corps du défunt et le déposent sur le bûcher. Il est dans un linceul très coloré, du rouge surtout, ça doit être une femme. Les hommes sont drapés d’un tissu blanc. On y dépose dessus un tissu doré puis on l’enduit de ghee, une préparation culinaire à base d’huile et de beurre fondu. Cela permet de purifier le corps. Il est ensuite recouvert de bûches de bois. Après une prière du prêtre, le feu est allumé par le fils aîné du défunt en tournant cinq fois autour. Tout le monde regarde les flammes grandir. C’est un moment assez indescriptible. C’est silencieux, assez mystique. On ne peut que contempler la scène, est finalement se sentir bien, comme apaisé. C’est assez magique cette sensation. On écoute le bruit du bois craquer, l’odeur du feu. Bizarrement, il n’y avait pas cette odeur de chair rôtie à laquelle on se préparait (désolé pour les âmes sensibles). On est resté là un bon moment, assis par terre, à admirer.

De temps en temps, on verse un peu de ghee pour aider le corps à se consumer, on attise le feu avec de grandes cannes de bambou, ça sert aussi à remettre les membres fumants qui tombent hors du bûcher, ou même à repousser les chiens, très présents eux aussi… Il faudra environ trois heures pour que le corps soit entièrement brûlé. Les cendres seront ensuite jetées dans l’eau sacrée du Gange, après que l’âme du mort est rejoins le ciel grâce à la crémation. On a aussi appris que certains pouvaient échapper à l’incinération car ils sont déjà considérés comme purs : les sâdhus, les nouveau-nés, les malades morts de variole, les victimes de serpents, les vaches. Ils sont directement immergés dans le Gange, ou parfois enterrés.

Nous rentrons tranquillement à l’hôtel. En route, on découvre une petite boutique de vêtements tenue par un jeune indien très sympa, Rabi. On reviendra le lendemain faire quelques emplettes !

Le soir, nous dînons encore au restaurant de l’hôtel qui se trouve sur le toit, en terrasse. On y admire la ville, on distingue même le Gange derrière quelques bâtiments. La cuisine est très bonne, fraîche préparée au fur et à mesure de notre commande. Il fait tellement chaud qu’on ne peut qu’avaler des fruits frais. Ganesh vient encore se joindre à nous. Nous voyons quelques bagues avec des pierres à ses doigts. On lui demande la signification de chacune. Il nous explique qu’elles sont toutes importantes pour lui, pour son bien-être physique autant que spirituel. On aimerait savoir quelles seraient les pierres qui nous correspondraient. Pour cela, il doit lire dans les lignes de nos mains. C’est assez impressionnant, il sait pleins de choses personnelles sur notre passé, notre santé. Il lit aussi un peu de notre futur. C’est intéressant et encore une fois, un moment très mystique. Il nous dit alors quelles pierres nous iraient et à quels doigts les mettre. On lui demande où en trouver, mais des vrais, on sait que beaucoup de fausses sont vendues aux touristes trop confiants. Il a un ami qui en vend, il nous le présentera le lendemain. Il proposera aussi une séance de méditation avec Claire, sur le toit du bâtiment, car il sent beaucoup d’énergie en elle.

Notre lever sera matinal aujourd’hui, 4h du matin ! On descend dans la rue à 4h30 et on ne trouve pas les deux autres français. On finit par aller les chercher dans leur chambre. Ils nous disent qu’ils ne viendront pas avec nous, car ils ont rencontré des gens qui se sont fait avoir par Ganesh. On leur a fait faire deux heures de barque et donc demandé cent roupies par personne au lieu de cinquante. On n’a pas l’intention de se faire arnaquer non plus ! Mais on ne change pas de projet à la dernière minute.

Notre guide arrive à 5h, il fait déjà plein jour mais le soleil ne se lève qu’à 5h30. Nous nous dirigeons sur le même ghât des crémations. Quelques bûchers sont encore allumés. C’est très tranquille à cette heure-ci. Un homme lave de linge dans le fleuve, un enfant les met à sécher sur un grand drap sur le sable. On monte en barque et la ballade commence. C’est vraiment très agréable, l’air est un peu frais, c’est tellement rare.

Nous allons en direction du Main Ghât, là où se font les ablutions au lever du soleil. On aperçoit au loin les gens descendre les marches et s’immerger dans l’eau après une prière. Les femmes et les enfants sont d’un côté, les hommes de l’autre. En plein milieu du Gange, on peut tout admirer : les ablutions, les crémations, les sadhus qui prient, les chiens qui errent, les vaches aussi. Beaucoup d’autres touristes sont aussi en barque. Venir à Varanasi sans faire un tour sur le fleuve n’est même pas envisageable. On nous offre l’occasion de faire un vœu en brûlant une bougie déposée dans une coupelle fleurie que l’on fait flotter sur l’eau.

 

 Nous nous approchons ensuite du ghât principal des crémations. Il est beaucoup plus grand, des tonnes de bois sont disposées dans tous les recoins possibles. Un corps enveloppé attend son tour, sur les marches, pour être incinéré. Le même cérémonial s’offre à nous. Nous demandons au rameur de se rapprocher de la rive pour mieux observer les gens. Ça grouille de monde. C’est très beau. Les couleurs, les odeurs de feu, d’encens. On est transporté.

La ballade aura duré deux heures et nous ne sommes pas étonnés quand noter guide nous demande trois cent roupies au lieu de cent cinquante. Nous refusons catégoriquement, il nous a vu arriver lui aussi ! Ganesh a dit cinquante, et n’a jamais précisé que c’était pour une heure. On explique au rameur qu’il s’arrangera avec son boss. De retour à l’hôtel, nous rencontrons justement notre hôte et nous ré expliquons poliment qu’on ne payera pas le double. Il n’ose pas nous contredire mais on sent qu’il a raté son coup. Bien sure que nous sommes méfiants, cela fait presque un mois que nous sommes en Inde et il n’y a quasiment jamais eu une seule transaction sans arnaque derrière, sans négociation. Nous allons dormir un peu.

Vers 10h, Ganesh vient nous chercher car il a les pierres. Evidemment, on ne rencontre pas son ami. Il nous montre les pierres dont il nous avait parlé la veille : le Blue Saphir et l’Amber pour Pascal, le rubis et la perle pour moi. Là, ça sent à dix kilomètres à la ronde La grosse arnaque. On fait style qu’on n’est pas vraiment décidé. Il nous sort des prix très élevés. Un petit investissement si se sont des vrais, mais une vraie escroquerie si se sont des breloques. Il nous dit de lui faire confiance, là ça clash. Pourquoi lui ferait-on confiance ? Ben tiens ! Il nous a vraiment pris pour des vaches à lait celui-là. Il nous conseille même d’aller les voir au soleil, comme elles brillent. D’accord ! Pascal en profite pour en frotter une avec son bracelet métallique et un éclat du caillou s’en va. C’est du verre ! On explique qu’on est pas trop sur et qu’on va réfléchir. Il fait la tête, ça confirme l’embrouille.

Avant le déjeuner, nous retournons à la boutique de tissus et vêtements. On y restera 3h, assis sur un tapis, recouverts de saris, étoles en soie, sarouels et chemises de toutes les couleurs. Nous avons vraiment le choix. Nous retournons ensuite déguster une salade de fruits et faire une bonne sieste.

Nous passerons notre soirée à la Puja, sur la Main Ghât. Pour y aller, on emprunte le bord du Gange par les autres ghâts. Sur le site des crémations, une foule de personnes est là devant un bûcher qu’on s’apprête à allumer. Il y a beaucoup plus de bois que d’habitude et il est très fleuri.  Ça semble être quelqu’un d’important. Il y a même des hommes de la police et d’autres avec des médailles. On imagine que c’est un homme politique ou un policier. Après que le feu ait été allumé, nous continuons à longer le fleuve. Là, on se fait harceler pour faire un tour de barque. Mais non, on la fait ce matin. C’est pas grave, ils disent que le soir c’est encore plus beau. Ben tiens ! On a que ça à faire. Comme ils ont toujours le dernier mot et ne veulent rien savoir, on finit par ne plus répondre à leurs sollicitations. Même si ça semble impoli, on n’a vraiment pas le choix. Il y a aussi les mendiants, femmes, vieillards et enfants, les vendeurs de tout ce qu’on peut imaginer. Finalement on n’est pas dépaysé de Calcutta. On suit notre chemin, on prend de belles photos, il ne fait pas trop chaud maintenant que le soleil est couché.

La nuit tombe quand on arrive. La Puja va commencer, des milliers de personnes sont là pour le spectacle. Il s’agit d’une cérémonie religieuse hindoue. Il y a environ six prêtres, assez jeunes, vêtus de saris d’hommes orange et or. Ils sont vraiment très beaux et il y une ambiance spirituelle enivrante. C’est un grand moment de fête, des centaines de bougies sont allumées. On trouve tous les trois de bonnes places devant la scène, un peu sur le côté.

Un des prêtres est devant notre tête. Ils sont tous alignés, chacun ayant son petit hôtel. Il commence à souffler dans un coquillage en faisant un air de musique. Ensuite, ils prennent une coupelle d’encens qu’ils présentent au ciel et à la population par des gestes majestueux. C’est beau et ça sent très bon. Le prêtre devant nous semble être en transe. Aurait-il pris quelque chose ? Après vient le moment du bougeoir, puis la coupe de feu. Tous cela se fait en murmurant des prières, des clochettes sont tintées par quelques spectateurs pour les accompagner. Cela durera en tout deux heures.

Nous rentrons vers 22h, en prenant le même chemin, mais on se dépêche car l’éclairage est très faible. En monte sur la terrasse de l’hôtel pour se rafraîchir un peu. Bizarrement, notre hôte semble nous bouder ce soir… Il prétend qu’il doit régler un problème avec son frère, qu’il ne peut rester à notre table. On l’a vexé peut-être ? S’il a cru voir en nous de bons gros touristes américains, on n’est pas dupe. Au moins, on a la paix, on peut manger tranquillement. Le lendemain matin, on prévoit d’aller se balader mais Pascal est malade juste après avoir déjeuné… Comme par hasard ! Nous découvrons aussi que le cuisinier de l’hôtel n’est autre que notre guide en barque ! Donc après ce petit déj empoisonné, on se repose dans la chambre jusqu’à l’heure du départ pour la gare. Notre train pour Agra part à 17h30. C’est une veine qu’on est pu garder une chambre jusqu’au milieu de l’après-midi. On a négocié avec Ganesh en lui expliquant qu’on lui ferrait de la pub. C’est finalement le seul point positif de cet hôtel. Claire est allé se promener pendant ce temps. Elle a pu découvrir les petites ruelles derrières les ghâts, souvent bloquées de vaches somnolentes qui ne bougent pas d’un pas pour laisser passer les gens. La sieste, c’est la sieste.

En payant la facture de l’hôtel, nous avons la surprise d’une taxe supplémentaire. Pas bien chère mais on devine qu’elle représente le pourliche du guide et le supplément du tour de bateau qu’on avait refusé de payer. Ce Ganesh, on ne l’oubliera pas de sitôt. Pour info, c’est la deuxième adresse conseillée par le routard qui n’est vraiment pas…conseillable !

 



Publié à 10:15, le 23/06/2009 dans Varanasi, Vârânasî
Mots clefs : Manikarnika ghâtnirvanaPujacrémationssadhuvaches sacréesgangevaranasitemples
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3e semaine : Nos derniers jours à Calcutta Du 11 au 13 Juin

 

Notre séjour à Calcutta se termine. C’est  passé vite quand même ! Nous avons profité de notre jeudi de repos pour visiter le temple de Kali qui se trouve à une heure de route du centre ville. Il est juste au bord de la rivière. Il est beaucoup plus beau et plus grand que celui en face du centre Kalighat.. Les deux nouvelles arrivantes françaises se sont jointes à nous et les deux journalistes nous ont suivis pendant notre visite. C’est un site où on ne peut prendre ni photo, ni filmer… ça n’a donc pas été facile. Mais on a bien feinté et on a pu faire quelques clichés magnifiques. Par contre, les reporters se sont fait jeter dehors. Elles auraient pu rester, moyennant un bakchich, mais il vaut mieux éviter de cautionner ce genre de marchandage. Il faisait très chaud ce jour là et vu qu’on avait plus la couche de pollution qui nous protège du soleil au centre ville, on a carrément cramé. En fin de visite, nous avons été sur les ghats pour assister aux ablutions dans la rivière. C’est quelque chose de très important, dans la vie d’un indien, de se baigner dans l’eau du Gange ou de ses affluents. Il est dit que tout indien, doit aller, au moins une fois dans sa vie, se tremper dans l’eau du Gange, à Varanasi, comme les musulmans doivent se rendre à la Mecque. Cela leur permettra de laver tous les péchés accumulés au cours des vies passées. Ça tombe bien, on y va bientôt !

Nous terminons notre quinzaine de volontariat au centre de Daya Dan, sauf Claire qui reste sur Kalighat même si elle accroche pas. Daya Dan, l’orphelinat mixte, est vraiment un lieu très agréable. On sent une ambiance sereine quand on y entre. Les enfants sont adorables et les massis et les sœurs s’en occupent bien, avec amour et dévotion. Nous trouvons vite notre place et aussi, nos chouchous ! On a tous les deux craqué pour deux petits choux qui n’ont pas trois ans.

Sehsna, une petite fille qui a un retard du développement moteur et intellectuel, elle ne tient ni sa tête droite, ni son dos. Parfois, quand elle sourit, c’est un rayon de soleil qui réchauffe nos cœurs.

I l y a aussi Bhasker, lui a un syndrome de Down,  dit aussi la trisomie 21. Il jette souvent sa tête en arrière comme si elle était trop lourde, on a toujours peur qu’il se rompe la nuque. Lui est très coquin, fait des sourires à longueur de temps, et nous agrippe de toutes ses forces quand on le prend dans nos bras. On aimerait bien les ramener avec nous….

Le vendredi, la séance de massage a été annulée car une messe avait été prévue pour le départ d’une sœur. On a dû accompagner les enfants pour y assister. On a gardé Bhasker, au fond de la salle, qui passait des bras de l’un à l’autre.  

Après avoir distribués des bonbons aux petits, nous sommes remontés à l’étage pour donner le repas.

Le samedi, les reporters nous ont filmés sur cette dernière journée. On avait aussi l’autorisation exceptionnelle de prendre des photos de l’orphelinat et des enfants, comme tout bénévole lors de son dernier jour. Et on en a bien profité ! Même les massis se sont plu à poser et certaines petites filles faisaient du charme pour être photographié.

Quand nous sommes allés dans la salle de massage, trois kinésithérapeutes indiens étaient là pour évaluer les nouveaux enfants du centre, pour essayer de diagnostiquer leur(s) handicap(s) et établir une fiche d’exercices pour leur rééducation. On a posé quelques questions à l’un d’eux sur les problèmes de certains enfants. Il nous a expliqué, par exemple, que Sehsna ne tient pas sa tête pour une raison neurologique avant tout mais qu’on devait essayer, par certains exercices, de faire travailler ses muscles du dos et du cou pour peut-être avoir une amélioration. Pascal venait justement de s’en occuper et après un bon massage du dos, elle s’était endormie sur le ventre. Il a des mains d’or ! Le kiné l’a réveillé pour la faire encore travailler. Ils ont tous passé la matinée et vu la plupart des enfants. Ça nous a rassuré de savoir que les enfants sont bien suivis ici.

Ce centre nous a vraiment fait changer d’avis sur la qualité des soins donnés par les Missionnaires de la Charité. Si on était assez satisfait de Prem Dam pour les adultes, on avait été vraiment refroidis par Shishu Bavan et Nabo Gibon. Nous partons donc le cœur lourd à l’idée de laisser les enfants, sachant qu’on ne les reverra sûrement plus jamais. On réalise aussi que la venue des volontaires dans les orphelinats n’est pas si bénéfique que ça pour les enfants dans le sens où ils s’attachent aussi à nous, et vivent un nouvel abandon lorsqu’on s’en va. Ça a été dur de quitter le centre.

Le soir, Simone avait organisé une petite soirée pour se dire au-revoir. Elle tenait à tout prix à nous faire goûter son dessert préféré : la papaye au whisky ! Elle en avait préparé deux plats, un avec des papayes et un autre avec des mangues. Mais d’abord, l’apéro ! On voulait des bières, qu’on a eu du mal à trouver car les gens sur Calcutta ne boivent pas trop d’alcool. On s’est tous retrouvés au fond du jardin, sur les bancs ou assis sur l’herbe. Il y avait aussi, Brigitte et Dagmar nos deux autres camarades toulousaines, Yves, JB le canadien, ami de Simone, Marguerite, une retraité anglaise qui vit ici et Lise et Flora, les journalistes. C’était un moment très agréable. Nous avons ensuite commandé des pizzas chez Hut ! On a passé une bonne soirée, mais triste de quitter nos amis.

 

 

Le lendemain nous avons pris le train pour Varanasi, anciennement Benares. Le trajet était moins sympa qu’à l’aller car nous étions dans la classe A3, dans un compartiment à six couchettes, donc plus serrés et avec des ronfleurs. Et comme en Inde, chacun fait comme il veut, on a eu droit à la musique hindi sur le portable d’un des voyageurs. On en pouvait plus… Bref, on est arrivé à Varanasi bien fatigués mais heureux de découvrir cette ville si mythique.



 



Publié à 10:48, le 18/06/2009 dans Calcutta, Kolkata
Mots clefs : orphelinatsDaya Dantemple de Kalimere teresaenfants handicapésBénévoles
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